Accueils périscolaires : les premiers résultats de notre enquête exclusive

Le décret du 2 août 2013 avait pour but de permettre aux communes de mettre en œuvre la réforme des rythmes en introduisant de la souplesse pour une durée de trois ans. Il permettait notamment l’abaissement des taux d’encadrement des accueils périscolaires organisés dans le cadre d’un Projet éducatif territorial (1 animateur pour 14 enfants de moins de 6 ans au lieu de 1 pour 10, et 1 animateur pour 18 enfants de plus de 6 ans au lieu de 1 pour 14), la prise en compte des intervenants ponctuels dans le calcul de ces taux, et la possibilité de déclarer un accueil périscolaire à partir d’une heure de fonctionnement quotidienne, au lieu de deux.

Des conditions de travail dégradées
Ce sujet est donc très mobilisateur, et nous remercions toutes les personnes qui ont pris le temps de remplir notre questionnaire. Leurs réponses ne laissent aucun doute : l’assouplissement des taux d’encadrement est très majoritairement critiqué par les animateurs et directeurs qui ont répondu. Plus de 88 % considèrent que cela a conduit à une dégradation de la qualité éducative des accueils, 82,5 % à une dégradation de la sécurité des mineurs. Si ces dégradations ont selon les répondants touché un peu plus les enfants de moins de 6 ans (11,8 % contre 5,4 % pour les plus de 6 ans), globalement, toutes les tranches d’âge ont subi cette dégradation.
Les conditions de travail des animateurs se sont améliorées pour une minorité de personnes (6,2 % d’entre vous), mais dégradées pour la grande majorité (plus de 84 % de l’échantillon, dont 25 % de façon « très négative »).
Cette dégradation est un peu plus marquée dans les communes que dans les associations (86 % contre 82,6 %). Bien entendu, cette dégradation est moins vécue par les personnes en poste depuis moins de deux ans, qui n’ont pas connu le fonctionnement antérieur au décret, cependant 68,9 % de cette catégorie de professionnels y fait tout de même référence.

Une qualité éducative en baisse
L’analyse qualitative réalisée provisoirement sur 420 réponses met en valeur que c’est surtout la détérioration de la qualité éducative qui est la plus mal vécue par les participants au sondage (28 %), mais aussi la dégradation de la qualité relationnelle avec les enfants (20 %), et l’augmentation du stress et de la fatigue (15 %). La sécurité est tout de même citée dans 9 % des réponses, avec parfois ce que cela comporte de réactions anxiogènes. Le mot « garderie » est cité dans 5 % des cas : « ce n’est plus un accueil de loisirs, c’est une garderie ». Sont aussi relevées des difficultés d’organisation pédagogique, l’accroissement de la précarité, et des tensions et conflits en augmentation, entre enfants ou avec les adultes.
Pour ceux qui notent une amélioration des conditions, sont évoquées une meilleure organisation pédagogique (15 %), de meilleures conditions contractuelles et d’organisation du temps (30 %), mais surtout une plus grande reconnaissance professionnelle (55 %).
Ces pourcentages sont cependant à prendre avec prudence en raison du faible taux de réponses positives traitées pour l’instant (13 réponses). Si les deux mesures « assouplissement des taux » et « réduction de la durée minimale journalière » sont très majoritairement critiquées (de façon plus modérée pour la seconde mesure), la troisième est plus contrastée : la prise en compte des intervenants ponctuels dans les taux d’encadrement. Plus du tiers des répondants pensent que cela n’a pas eu d’effet sur la qualité éducative : sur ceux qui ont noté un impact, un tiers le juge positif et deux tiers négatif. Si l’on reporte au niveau de l’échantillon global, vous êtes 40 % à y voir une dégradation de la qualité éducative. Nous n’avons pas souhaité alourdir le questionnaire par une nouvelle question ouverte, nous ne pourrons donc pas en déduire plus de vos réponses.

La sécurité des mineurs menacée
Sur la sécurité des mineurs, 82,5 % considèrent que l’assouplissement des taux a conduit à une dégradation de la sécurité, alors que celle-ci est moins mentionnée par les répondants lors de l’intégration des intervenants ponctuels dans l’effectif d’encadrement (46 %) et de la déclaration de l’accueil périscolaire dès une heure de fonctionnement quotidien (39 %). Le traitement de la question qualitative conforte cette tendance. Alors que la question concernait la réduction du temps quotidien permettant la déclaration de l’accueil, une quantité non négligeable de réponses a porté sur les taux d’encadrement ou l’exiguïté des locaux. On notera tout de même plusieurs arguments sur la dégradation de la sécurité en raison de la réduction du temps minimal ouvrant droit à déclaration : la plus importante est la difficulté de trouver du personnel qualifié sur ces courtes périodes, mais les participants au sondage ont aussi relevé des difficultés d’organisation (temps de préparation, listings, communication entre intervenants), une baisse de la vigilance et de la disponibilité, et une précipitation qui conduit à des situations plus difficiles (chahut, enfants fatigués, tensions, stress de l’encadrement).
Ce sondage n’avait pas pour but de vous proposer une étude approfondie de la question, dont le traitement relève d’organismes comme l’Injep (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire qui dépend du ministère) ou l’Ovlej (Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes, qui dépend de la Jeunesse au Plein Air). Il ne pouvait aussi être le lieu d’expression de tout ce que vous avez envie de dire sur la question de la réforme des rythmes. Mais il a fait ressortir ce besoin, pour vous d’être entendus et consultés.

Les résultats de cette enquête rejoignent en partie ceux de l’évaluation menée par le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, particulièrement les observations réalisées par les Directions départementales de la cohésion sociale. Ils ont été adressés au ministre Patrick Kanner afin de l’alerter sur le désarroi des animateurs dans le cadre du CNEPJ (Conseil national de la jeunesse et de l’éducation populaire), face aux effets de ce décret expérimental, tant pour eux-mêmes que pour les publics accueillis. Ce point sera à nouveau étudié lors de la prochaine réunion du CNEPJ, le vendredi 27 mai, lors d'un point global sur la professionnalisation de l'animation.

Christian Belisson et David Jecko

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