Carnets d'été : "Un séjour co-construit avec les jeunes à l'île de Ré"

“Le but de l’association Cavale est de proposer des vacances à tous les enfants”, annonce d’entrée de jeu Simon Berger, directeur du séjour Les Pieds dans l’Eau. “Il y a une grande mixité avec des profils et des horizons parfois extrêmement différents. Certains sont suivis par l’aide sociale, d’autres ont des déficiences mentales ou physiques, ou ont des parcours de vie difficiles, mais ils se retrouvent tous au sein d’un groupe.”

Vocation tous publics

Depuis 1989, l’association Cavale organise des séjours de vacances dans les Deux-Sèvres (région Poitou-Charentes), pour les enfants de 6 à 17 ans. Les séjours répondent tous à un cahier des charges exigeant et respectent les critères de qualité fixés par les membres du bureau pour accentuer une vocation vers “l’accueil pour tous, en diversifiant le public”.

Les vacances sont proposées sur quatre lieux différents. Les séjours sont principalement organisés sur le site du Loup-Garou (sur place centre équestre, ferme pédagogique, parc vélo, trois hébergements de 92 places, camping enfant, camping écolo, pôle multimédia…) mais aussi sur la base du Lambon (séjours sportifs : kayak, accrobranches, tir à l’arc, escalade…), la Maison Augereau à Lezay dans les Deux-Sèvres, et sur l’île de Ré (activités nautiques).

Simon Berger a découvert l’animation à 16 ans par le biais de l’association Cavale. Une de ses connaissances l’avait contacté au dernier moment pour remplacer un animateur. “Ce fut une bonne expérience et ça m’a motivé pour obtenir mon Bafa et retourner ensuite à l’asso. Tout en menant des études de communication à la faculté de Bordeaux, j’ai participé à des accueils de loisirs.”

Il a passé différentes étapes au centre le Loup Garou. En 2014, après ses études, il n’a pas trop œuvré dans l’univers de l’animation. Mais cette année, il s’est vu confier la direction du séjour de l’île de Ré sans que cela soit chronophage pour son métier de chargé de communication. Simon est par ailleurs impliqué au sein du conseil d’administration de Cavale.   

L’embarras du choix

Les Pieds dans l’Eau concerne donc la destination de l’île de Ré. Ce séjour en camping a eu lieu à Ars-en-Ré du 15 au 24 juillet. 25 jeunes de 11 à 14 ans y ont été encadrés par quatre animateurs plus Simon Berger, le directeur. Axé autour d’activités sportives, il a été également l’occasion pour les participants de vivre des vacances en autonomie.

“Les enfants se sont retrouvés sans papa ni maman, et ont dû faire les courses, choisir des loisirs et opter pour des règles de vie. Les activités se sont pratiquées en petits groupes avec un roulement entre catamaran, paddle, canoë de mer, équitation. Il y a eu également une journée à l’île d’Aix, où s’est déroulé un rallye photo.”

Avec un animateur pour cinq jeunes, cela a permis de faire de la “co-construction” de séjour, en respectant les choix et les envies des participants. “Chaque soir avant le repas, nous organisions un forum où la discussion s’engageait sur les menus. Les jeunes ont vite compris le truc ! C’est important de mettre en place des temps formels de discussion d’environ 30 minutes. Le matin, c’était généralement détendu, ça commençait par une question : “qu’est-ce qu’on fait ?”. Et cela débouchait soit sur un jeu, soit sur une marche. L’après-midi, il y avait un choix possible entre des activités. Toutes les propositions étaient analysées pour voir si c’était faisable en fonction de la fatigue de certains et d’autres paramètres, principalement celui du budget.”

Besoin d’un cadre précis

“Pour faire les courses, les groupes tournaient. À partir d’une somme donnée, ils devaient calculer, faire attention aux prix, et à la qualité des produits. Ce qui est important dans le principe de co-construction, c’est de bien expliquer les contraintes aux jeunes en termes de finances, de matériel, de temps ou encore d’encadrement. À la base, il faut un cadre précis et clair dans l’esprit des enfants comme dans celui des animateurs !”

Outre le choix des groupes d’activités, la co-construction s’est appliquée aux règles de vie. Tout s’est fait à travers un jeu d’une trentaine de minutes où les jeunes remplissaient et échangeaient des cartes avec ce qu’ils voulaient et ne voulaient pas voir se dérouler au cours du séjour.

Au final, il y a eu un bon retour des participants. “Lors du débriefing avec l’équipe, nous avons constaté que nous n’avons jamais été débordés par les jeunes, mais en revanche les animateurs ont parfois été surpris par leurs envies, voire déstabilisés, ce qui a conduit à des adaptations.”

Le directeur prend l’exemple d’un jeune passionné par la pêche à pied qui dans un premier temps n’arrivait pas à motiver les autres pour pratiquer l’activité. “Par le biais du forum, il a proposé un jeu autour de cette thématique, et finalement les autres ont bien voulu découvrir cette technique. La séance de pêche à pied a été un moment magique, il a notamment expliqué ce que les autres pouvaient ramasser, les coquillages, les différentes sortes de crabes, etc. Ce fut génial.”

Casser les clichés

Pour Simon Berger, c’est bien la preuve que lorsqu’on laisse la place à l’envie, le séjour devient plus riche pour les enfants et pour l’équipe d’encadrement.

“On découvre tous des choses, ça casse les clichés de la colonie de vacances. Ainsi le séjour ressemble vraiment au groupe qui le compose. Mais il faut aussi un équilibre entre l’écoute de la parole des jeunes et le rôle des animateurs pour faire découvrir certaines choses. Cela passait par le biais des veillées, durant lesquelles on faisait des surprises. Il faut être attentif au groupe, car si certains débordent d’initiatives et d’idées, d’autres n’ont pas d’envies particulières, or il faut qu’ils participent afin que tout fonctionne.”

Le dispositif de co-construction semble idéal pour une bonne organisation du séjour, d’autant plus que Simon Berger peut se baser sur l’analyse d’un groupe précédent réservé aux 14-17 ans.

“Ca marche vraiment mieux à cet âge-là, l’écoute est essentielle. Il convient d’encore plus expliquer le cadre car les ados ont plus de répartie que les pré-ados ! Mais quel que soit l’âge, cela implique beaucoup de travail en amont. Par exemple pour la période du 15 au 24 juillet, j’ai pris une journée de préparation avec l’équipe sur place avant l’accueil des jeunes, afin de bien découvrir les lieux, d’échanger sur les limites, de savoir comment les expliquer au groupe, car il faut avant tout une cohérence dans l’encadrement. C’est super à vivre et très gratifiant de voir le résultat. Sur le fonctionnement, tout le monde est satisfait !”

Alexandre Verguet


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