La Galupe : vivre une colo, malgré la crise sanitaire – Photo © Isabelle Wackenier

La Galupe : vivre une colo, malgré la crise sanitaire

"Le protocole sanitaire, en termes de valeurs, pour nous, c’est très difficile", déclare Virginie Letourneau, directrice de l’association La Galupe à Mimizan dans les Landes et responsable de séjours. Grâce à une dotation du département des Landes, l’association accueille des enfants, pour la plupart placés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), au sein de séjours de vacances (découvrez l’article consacré à l’association dans le Journal de l’Animation n° 211 de septembre 2020). "On est déjà dans une société individualisée, avec la peur de l’autre. Ces obligations sanitaires ce sont des préoccupations d’adultes, les enfants ne sont pas stressés."

Le plus problématique se situe bien au cœur du projet de l’association qui repose sur l’entraide et la participation de chacun à la vie collective et quotidienne. Pour Virginie, "en termes d’accompagnement éducatif, ça n’a pas de sens". Virginie et Laure levallois, animatrice et également responsable de séjours, reviennent sur leur travail et l’adaptation de leurs séjours en amont de l’été, en urgence : "On a eu très peur de ne pas rouvrir. On a attendu le protocole sanitaire." Une veille de l’actualité et un travail "au jour le jour", alors que, comme le précise Laure, "les séjours d’été, on les prépare pendant six mois". L’association a dû s’adapter et revoir ses activités au dernier moment, notamment son projet d’ouvrir les séjours à un public plus large ; de fait, les deux premiers séjours en juillet et un séjour en août ont été annulés : "Les familles ne pouvaient pas répondre, c’était trop court pour nous aussi et pour les enfants de l’ASE, on les aurait accueillis à l’arrache."

Les effectifs

Habituellement, La Galupe accueille une trentaine d’enfants sur chaque séjour durant l’été. Cet été, l’association a ouvert les séjours à 18 enfants au maximum, pour une équipe de 5 personnes (dont 3 en permanence avec les enfants) : "On a décidé d’être à moitié d’effectif en fonction des bâtiments" qui nous hébergent, le centre de séjours Lac et océan. En temps normal, le site accueille 350 personnes. En période Covid-19, il n’en héberge plus que 120. Les divers textes qui sont parus sur les effectifs n’étaient pas simples à interpréter, se remémore Virginie : "On pouvait avoir plusieurs groupes de 12 avec une organisation séparée."

Les activités

Les activités ont été revues, le programme des séjours totalement repensé. Les séances de l’école de pêche avec l’AAPPMA de Mimizan n’ont pas pu avoir lieu, les encadrants étant des retraités, particulièrement vulnérables au Covid-19, alors que ce partenariat permet habituellement de vivre de beaux échanges intergénérationnels.
Les organisatrices ont privilégié les séances en pleine nature avec canoë, tir à l’arc, disque-golf, baignade, grands jeux d’eau, chasse au trésor… dans le cadre naturel exceptionnel dont elle dispose. Les jeux et jouets sont désinfectés une fois par jour.

La vie quotidienne

Si le protocole a un impact sur les activités, il perturbe aussi la vie quotidienne. Laure souligne qu’au vu des consignes pour la restauration, le petit-déjeuner du matin prend plus de temps, car les animateurs sont tenus de servir les enfants ; ils les réveillent un quart d’heure plus tôt (8 h 15) afin de "ne pas trop les speeder". Pour les repas de midi et du soir, les enfants ne prennent pas eux-mêmes leur plateau et ne se servent plus eux-mêmes, les "dames de la cantine" leur donnent leur assiette (entrée, plat, fromage et dessert), les convives suivent un parcours afin de ne pas se croiser, les plus de 11 ans portent un masque et les animateurs sont les seuls à se lever de table – toujours avec le port du masque – pour servir le pain, de l’eau ou répondre aux différents sollicitations. En matière d’apprentissage de l’autonomie, de partage… c’est très frustrant pour tous.
Un créneau horaire est défini pour chaque groupe accueilli au centre, aucun ne se croise. Chaque groupe est référencé à une table.

En ce qui concerne l’installation des enfants à leur arrivée, Laure précise que "c’est chaud". Un animateur est mobilisé, contre deux en temps normal : "On essaie de ne pas être tous en même temps dans le bâtiment, c’est beaucoup plus long."

Laure passe tous les matins dans les chambres des enfants (5 enfants par chambre spacieuse de 8 lits) pour prendre leur température, même si le nouveau protocole ne l’impose plus : "C’est un moment de bonjour." Elle veille à ce qu’ils ne soient pas plus de deux en même temps dans la salle de bain.
Les enfants ont deux masques par jour (fourni par leur famille ou par La Galupe), se lavent les mains avant et après chaque activité, chaque repas.
Dans les minibus, le premier protocole instaurait un siège libre entre chaque enfant et seuls les adultes devaient porter le masque. À présent, tous les enfants de plus de 11 ans doivent avoir un masque, ce qui est "très dur alors que la température extérieure atteint 35° C", souligne Virginie. Les véhicules sont désinfectés en fin de journée par un animateur.

Malgré ces consignes sanitaires, les enfants sont contents de venir, de se retrouver, de participer aux activités. "C’est compliqué pour des ados de ne pas se tenir bras dessus bras dessous, comme ils ont l’habitude de le faire", souligne Laure qui doit leur expliquer le contexte du Covid-19. À la fin du séjour, elle leur propose un bilan. Ce qui ressort le plus, en négatif, c’est le port du masque qui est "embêtant". Grâce à une équipe soudée, passionnée, attentive aux enfants et fidèle au projet de La Galupe, les enfants ont passé des vacances ressourçantes, malgré un protocole aux antipodes de ses valeurs.


Connectez-vous ou inscrivez-vous pour publier un commentaire

450 fiches d'activités

Demande Numéro gratuit

Mon Journal-Bilan Directeur d'ACM