Réforme des rythmes scolaires : un bilan provisoire en demi-teinte pour les animateurs

Alors que la priorité est trop souvent donnée à la gestion (des personnels, des transports, des coûts…) par rapport à l’innovation pédagogique, il apparaît des visions radicalement opposées dans la manière de transposer la réforme sur le terrain. L’auteur parle de deux modèles : le « chrono-pyschologique » qui consiste à allonger la pause méridienne en ayant recours à du personnel sans qualification, souvent déjà en place. « C'est le plus souvent la situation actuelle de 'garderie' assurée par des étudiants avec ou sans Bafa, et parfois des adultes de bonne volonté, qui est retenue par les élus locaux ». Et le modèle « socio-éducatif », qui propose de mettre en place des plages horaires importantes dans l’après-midi, avec des activités nécessitant la formation de nouveaux animateurs, ou la professionnalisation de ceux existants.

Des difficultés d'articulation

Ces deux modèles ne sont pas anodins, et ils sont au cœur même des enjeux de cette réforme. Plus encore, ils conditionnent les nouvelles relations entre les deux acteurs éducatifs que sont les enseignants et animateurs. La vraie question étant de savoir si l’on dissocie la journée de classe du temps périscolaire ou si les différents intervenants auprès de l’enfant vont pouvoir travailler de concert tout au long de la journée, et de la semaine ? Sur ce point, les conclusions de l’enquête de Fotinos sont plutôt pessimistes, avec encore une « fréquente méfiance réciproque » des deux parties. Ce normalien, qui a aussi exercé en tant qu’instituteur, va jusqu’à regretter qu’une sorte de « hiérarchie » se mette localement en place, accentuant le clivage entre l’école et son environnement local, contrairement au but recherché par la réforme.

Pour l'auteur de l'enquête, « aménager le temps scolaire des maternelles et l'articuler avec les activités périscolaires apparaît comme un des points les plus difficiles à mettre en œuvre », animateurs et enseignants découvrant là une « terra incognita ». Ainsi note-t-il « une ligne de clivage très nette dans les projets » : « d'un côté, une véritable construction des enseignants avec les professionnels de la petite enfance, de l'autre une situation inchangée, si ce n'est aggravée, par la seule solution d'augmenter le temps de garderie. Pour certains, la sieste tiendra lieu d'unique activité périscolaire méridienne. »

Des résistances au changement à surmonter

Les parents de leur côté apparaissent comme très impliqués, et pourront sans aucun doute servir de levier dans les communes qui préparent le passage aux nouveaux rythmes pour 2014. En revanche, Fotinos note « une forte résistance au changement » de la part des enseignants, pour des raisons souvent très différentes. Malgré tout, dans son enquête, cet observateur expérimenté des rythmes de l’enfant depuis le début des années 1980, ouvre sur un futur positif, notamment dans la place que pourrait prendre le monde associatif local. Quelques messages sont envoyés à l’attention du gouvernement : un appel à plus de souplesse dans « l’adaptation du temps d’enseignement à l’âge des élèves », visant ainsi les classes maternelles ; mais aussi des suggestions de « dérogations au calendrier scolaire », pour faire la part belle aux activités culturelles et sportives.

Georges Fotinos place donc au centre de tous les débats cette « fertilisation croisée au bénéfice des élèves entre l’école et l’éducatif associatif ». Une manière de rappeler la cohérence souhaitée autour de l’enfant, et dans son territoire. Tout n’est donc pas figé. Tout est bien à construire et les animateurs ont un rôle majeur à jouer.

Mélanie Martinez


Connectez-vous ou inscrivez-vous pour publier un commentaire

400 fiches d'activités

Demande Numéro gratuit

Mon Journal-Bilan Directeur d'ACM