Rythmes : un rapport sénatorial enterré, les animateurs doivent-ils s’en réjouir ?

En octobre 2013, une mission d’information sur la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires a été créée au sein du Sénat. Elle a conduit un grand nombre d’auditions et effectué quelques déplacements sur le terrain, pour aboutir le 14 mai dernier à un rapport qui ne devrait jamais être diffusé officiellement puisqu’il n’a pas obtenu en commission les votes nécessaires.
Tant mieux pourrait-on dire, car malgré ce long travail d’audit, on relève dans ce long texte de 87 pages (élaboré par la sénatrice Françoise Cartron) de curieuses préconisations concernant les animateurs, appuyées sur d’étonnantes erreurs réglementaires.
Le rapport (téléchargeable ici) commence par faire état d’un large consensus sur les rythmes et la nécessité de la réforme : augmenter le nombre de demi-journées d’enseignement, mettre l’accent sur la qualité du travail scolaire le matin, et démocratiser les activités périscolaires. Il ne remet donc rien en cause sur le fond.

Des difficultés constatées

Il poursuit en pointant les principales difficultés de mise en œuvre :
• la rigidité d’application de la part des Dasen, qui se sont attachés à maintenir une organisation uniforme sur le territoire et ont été peu portés à donner des dérogations, en particulier en autorisant la classe le samedi matin ;
• la complexité de l’organisation des transports scolaires ;
• les questions financières (coût, complexité des dossiers, incertitudes quant à la pérennité des aides) ;
• la qualité de l’offre d’animation et l’éventuelle pénurie d’animateurs.

Les animateurs, variable d'ajustement économique

Partant de ce constat, la plupart des préconisations sont relatives aux questions financières : pérennisation des aides, mise en place d’un guichet unique État/Caf, prise en compte du nombre d’enfants inscrits, et non pas présents (!) pour être éligible à ces aides…
Parmi elles néanmoins, certaines concernent les animateurs. Nous y relèverons qu’hélas elles constituent le levier principal développé pour tenter de réduire le coût de mise en place de la réforme pour les collectivités :

• « Aligner et stabiliser les taux d’encadrement de l’ensemble des activités d’accueils de loisirs sur le régime dérogatoire des TAP » :
Cette formulation fait craindre le pire. Va-t-on devoir appliquer le taux d’encadrement d’un animateur pour 18 enfants en accueil de loisirs traditionnel ?
« La mission n’a pas eu à déplorer d’effets négatifs, en termes notamment de sécurité, des taux d’encadrement allégés, et leur pérennisation répond à une attente unanimement exprimée par les associations d’élus lors de leurs auditions. »
En termes de sécurité physique sans doute, mais la sécurité affective et le côté éducatif de la relation de proximité des animateurs avec les enfants semblent passer à la trappe dans cette quête éperdue du moindre coût.
On relèvera au passage la confusion habituelle déjà dénoncée ici selon laquelle ce serait la CAF qui fixerait les taux d’encadrement…

• Étendre la liste des diplômes et qualifications reconnus équivalents au Bafa et au Bafd :
Le rapport « juge nécessaire d’étendre la liste des personnels reconnus qualifiés à tous ceux qui disposent déjà, de par leur formation et leur parcours professionnel, d’une expérience d’enfants mineurs : non seulement les professeurs des écoles (actuellement seuls sont mentionnés les professeurs de la ville de Paris, ce qui crée une inégalité de traitement avec les professeurs des écoles), mais aussi les enseignants d’écoles de musique, musicothérapeutes, psychomotriciens, comédiens professionnels ayant déjà une expérience de formation de publics scolaires… »
Nous ne nous étendrons pas sur cette liste qui semble faite de bric et de broc, et nous contenterons de nous étonner qu’après avoir auditionné le chef de bureau de la protection des mineurs du Ministère, on puisse lire dans le rapport cette énormité sur les professeurs des écoles qui ont bien évidemment déjà le droit non seulement d’animer mais de diriger un accueil de loisirs ! Mais c’est vrai, ce n’est pas dans le même arrêté que les professeurs de la ville de Paris…
Tout de même, quel mépris dans cette proposition pour le rôle de l’animateur qui serait réduit à celui de simple technicien ! Toute la dimension porteuse de sens du métier, celle de l’accompagnement éducatif qui permet à l’enfant de construire sa personne en devenant chaque jour plus autonome et plus responsable, dans une vraie démarche d’éducation populaire, y est totalement occultée. Permettez-nous de trouver cela grave !

• « Encourager la mise en place de formations par le CNFPT ouvrant droit à des qualifications qui pourraient être reconnues équivalentes au Bafa et au Bafd » :
L’argument développé dans le rapport pour soutenir cette curieuse proposition est purement, encore une fois, un objectif de moindre coût. Bien sûr, les formations au Centre national de la fonction publique territoriale sont gratuites pour les collectivités cotisantes, ce qui n’est pas le cas des formations Bafa et Bafd…

• « Développer des formations conjointes entre différents acteurs de la maternelle (enseignants, ATSEM, animateurs) » :
Mille fois oui à cette proposition de formations transversales, qui seules permettront de dépasser les jugements préconçus pour construire ensemble une continuité éducative. Mais pourquoi les réserver à la maternelle ?

Vers la fin de la continuité éducative ?

« La réforme concerne avant tout les apprentissages scolaires des enfants. »
Tout est dit dans cette phrase. C’est sans doute la raison pour laquelle seul le rôle des services déconcentrés de l’Éducation nationale est mis en avant dans ce rapport. Pas un mot sur celui des DDCS. La notion de projet éducatif territorial, fondamentale pour réfléchir ensemble à un vrai projet pour l’enfant semble elle aussi passer aux oubliettes.
Et c’est à pleurer…

Roselyne Van Eecke


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