Vacances apprenantes : aussitôt officialisées, aussitôt décriées – Photo d'archive © Laurence Fragnol

Vacances apprenantes : aussitôt officialisées, aussitôt décriées

C’est maintenant officiel : l'opération Vacances apprenantes propose une offre d'activités spécifique pour "faire de cet été, avec les collectivités et les associations, une période de découverte, apprenant et solidaire pour tous les enfants que la crise aura pu fragiliser". Elle vise ainsi à "lutter contre les retards qui ont pu s’accumuler pendant la période de confinement et les risques de décrochage" et permettre "aux enfants de vivre des moments enrichissants pendant leur été". Au final, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse espère qu’elle touchera "un million d’enfants".

L’opération Vacances apprenantes repose sur plusieurs éléments spécifiques allant de l’élargissement du dispositif École ouverte à la mise en œuvre d’accueils de loisirs et de colonies de vacances apprenants, comme nous l’avions évoqué début mai.

Une opération, plusieurs dispositifs

Tel que précisé par le ministre, l’opération Vacances apprenantes étendra à l’ensemble du territoire le dispositif École ouverte qui concernait jusque-là les zones relevant de la nouvelle géographie prioritaire de la politique de la ville. Du renforcement scolaire sera ainsi proposé aux élèves le matin et des activités culturelles ou sportives l’après-midi dans les établissements scolaires et les lycées professionnels. Cette offre s’accompagnera d’un nouveau dispositif appelé École ouverte buissonnière qui invitera ces mêmes jeunes à vivre un séjour en zone rurale pour "qu’ils bénéficient de vacances éducatives au contact de la nature". La formule associera une phase consacrée à des excursions en pleine nature à une période de remobilisation des connaissances.

L’opération se fondera aussi sur deux autres outils qui ont fait réagir les volontaires et les professionnels de l’animation, les colonies de vacances apprenantes et les accueils de loisirs apprenants :
• Les Colos apprenantes seront ouvertes aux jeunes âgés de 3 à 17 ans, et associeront "renforcement des apprentissages et activités de loisirs autour de la culture, du sport, du développement durable. Une aide de l’État pouvant atteindre 80% du coût du séjour (plafonnée à 400 € par mineur et par semaine) sera versée aux collectivités partenaires pour permettre à 250 000 enfants et jeunes de partir dans ces séjours labellisés."
• Quant aux Accueils de loisirs apprenants, ils mettront début juillet à la disposition de leurs usagers, gratuitement et sur demande, des parcours pédagogiques en ligne du CNED, du CP à la terminale. "Une aide ponctuelle exceptionnelle de 30 millions d’euros sera également proposée aux collectivités territoriales afin de faciliter l’ouverture des accueils de loisirs, d’augmenter leurs capacités d’accueils ou de renforcer les contenus pédagogiques."

Une opération qui ne fait pas l’unanimité

La présentation de l’opération Vacances apprenantes s’est faite le samedi 6 juin, alors qu’une version de travail du protocole sanitaire applicable cet été aux séjours avec hébergement venait d'être diffusée. Logiquement, les réactions des acteurs du monde de l’animation ont été vives sur les réseaux sociaux, mêlant à la fois la complexe mise en pratique des protocoles sanitaires, les nouveaux dispositifs hors-sol et les difficultés économiques du secteur ; elles ont été à la hauteur de l’exaspération et du ressentiment accumulés au long de ces derniers mois. L'Union des fédérations des pionniers de France a même publié le 5 juin une longue tribune intitulée "Colonies et accueils de loisirs 'studieux' : éducation populaire en danger !" dans laquelle elle souligne le caractère déjà éducatif des accueils collectifs de mineurs, tout en dénonçant "l'institutionnalisation de logiques marchandes dans le domaine de l'animation et de l'éducation". Nous mettrons toutefois un bémol : les grandes fédérations ne se sont pas exprimées, ou comme l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air et la Jeunesse au plein air se sont réjouies des annonces faites par le ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse.

"Vacances apprenantes, école buissonnière… le SNPDEN-UNSA de Poitiers propose de poursuivre les oxymores avec les pertinentes absurdités, la violence douce, la surcharge supportable, les inepties logiques ou les démarches administratives à aspect humain." Au-delà de la polémique suscitée par la négation du caractère éducatif des accueils de loisirs, de nombreux volontaires et professionnels ont pointé le manque criant de moyens humains et financiers pour espérer organiser des colos cet été. D’autres ont souligné l’absence d’aides spécifiques aux organisateurs de séjours en difficulté alors que de nouveaux financements seront disponibles via l’opération Vacances apprenantes [ndlr : 283 M€ de crédits budgétaires ont été mobilisés sur le 3e projet de loi de finances rectificatif adopté le 10 juin en conseil des ministres]. À l’instar de l’association Vitacolo : "D’habitude, on accueillait 900 enfants sur un été, nous n’aurons que 550 places cette saison et nous allons espérer que cela tienne notre modèle économique, faute de soutien du @gouvernementFR spécifique à notre domaine !"

Une situation dont la professeur émérite de psychologie de l'éducation Claire Leconte s’est aussi fait l’écho : "Il serait peut-être urgent de leur demander où ils trouveront des colos pour lesquelles ils donneront le label d’apprenantes ! Parce qu’avec le protocole sanitaire qui leur est imposé et le surcoût que ça provoquerait, plusieurs associations ont déjà annoncé qu’il n’y en aura pas cette année !" En effet, plus d’une trentaine ont annoncé ces jours derniers qu’elles ne seraient pas cet été en mesure d’accueillir les enfants. Le consultant et formateur Thierry Fresnay soulignait en prolongement sur Twitter : "À partir seulement d’une dizaine [d’organisateurs de séjours qui annulent leurs activités], on arrive à plus de 40 000 enfants sans colos, et 690 directeurs, 5380 animateurs, 328 personnels d’entretien sans job." Ce triste constat ne semble pas néanmoins pour le moment susciter de réactions à la tête du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Les cahiers des charges de l'opération Vacances apprenantes sont téléchargeables sur le site du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

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