Follow us on Twitter

Interview exclusive : Valérie Fourneyron expose sa vision de l'animation

26 novembre 2012 Catégorie : Jeunesse Éducation populaire Ministères et institutions Vie associative

Interview exclusive : Valérie Fourneyron expose sa vision de l'animation
La Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative a accepté de répondre à nos questions, afin de préciser ses objectifs et ses projets en matière de politique de jeunesse et d'éducation populaire.

Le Journal de l’Animation : Le 1er octobre, vous avez apporté votre contribution au projet de refondation de l’éducation. Vos propositions sont conformes à un grand nombre d’attentes des professionnels de l’animation, quand vous évoquez le rôle central de l’offre de loisirs éducatifs dans le réaménagement de la semaine scolaire et la nécessaire complémentarité des acteurs impliqués dans l’éducation des enfants. Dans quelle mesure pensez-vous pouvoir influer sur ce débat ? Serez-vous la porte-parole des animateurs ?

Valérie Fourneyron : La refondation de l’école est un projet qui concerne la société dans son ensemble. L’évolution des rythmes éducatifs est nécessaire si l’on veut faire de l’école à la fois un lieu de savoir, de partage, de plaisir et de découverte. Dans ce débat, l’intérêt des enfants doit être mis au centre de la réflexion. Ils doivent pouvoir trouver à l’école les conditions adéquates des apprentissages fondamentaux (lire, écrire, compter), sans lesquels il est impossible de construire un savoir durable, et les moments de loisirs éducatifs indispensables à l’épanouissement intellectuel et physique de chacun.

L’articulation des temps de l’enfant (en famille, à l’école, hors de l’école) est une nécessité pour garantir la réussite de la réforme, les inégalités étant plus fortes en dehors de l’école qu’à l’intérieur. Ce constat induit clairement le fait que la place des animateurs dans le dispositif retenu devra être suffisante et mûrement pensée, la continuité des temps éducatifs en dépend.

 

JDA : Dans ce document, vous parlez aussi du rôle non négligeable des contrats éducatifs locaux, dans le pilotage, le suivi et l’évaluation de l’action éducative d’un territoire, comme de la nécessité de rééquilibrer le financement des projets éducatifs de territoire pour éviter les disparités que l’on connaît. Sur quels dispositifs et quels moyens pensez-vous vous appuyer pour garantir « une qualité équivalente entre les différents territoires » ?

Valérie Fourneyron : La question des financements n’est pas seulement une question technique pour répartir la charge du coût de la réforme. C’est aussi une question politique : comment assurer l’équité entre les territoires et in fine entre les familles et les élèves ? Sur ce point, des discussions interministérielles sont en cours, sous l’égide du ministère de l’Éducation nationale. L’idée d’un fonds de péréquation ou de compensation pour les communes les moins riches peut répondre à cet objectif d’équité entre territoires. Mais ce n’est pas la seule piste. Il est de toute façon très probable que le financement s’adosse à plusieurs partenaires, au premier rang desquels l’État et les collectivités territoriales.

 

JDA : Le budget de l’État pour 2013 du programme Jeunesse et Vie associative est en majeure partie (65 %) consacré au développement du service civique. N’est-ce pas donner trop d’importance à un seul dispositif et restreindre les subventions et les crédits qu’il serait possible d’allouer aux différents acteurs associatifs et de l’Éducation populaire, porteurs de projets éprouvés et/ou innovants ?

Valérie Fourneyron : La montée en charge du service civique, 30 000 en 2013 contre 20 000 cette année, ne se fait pas au détriment des subventions versées aux associations de jeunesse et d’éducation populaire qui portent des projets extrêmement importants et d’utilité sociale. Les crédits destinés aux acteurs associatifs sont sanctuarisés, soit 46 millions d’euros (21 millions d’euros pour les associations et 25 millions d’euros pour le Fonjep) après cinq années de diminutions successives (moins 30 % depuis 2007).

Pour 2013, les capacités d’intervention du programme Jeunesse et vie associative s’élèvent à 366 millions d’euros. Ces moyens, hors crédits de personnels, sont en hausse de 7 % à périmètre comparable, par rapport à 2012. Entre 2013 et 2015, le programme continuera sa progression ambitieuse (plus 40 % par rapport à 2012). Ce budget est la traduction concrète du projet présidentiel : faire de notre jeunesse la grande priorité du quinquennat. Dans le cadre d’un budget d’effort et de responsabilité, les arbitrages que j’ai obtenus en faveur du ministère nous permettent de regarder l’avenir avec sérénité.

 

JDA : L’apparition de l’expression « éducation populaire » dans l’intitulé de votre ministère a suscité un certain enthousiasme mais aussi de nombreuses attentes dans ce secteur, qui souffre d’un manque de reconnaissance et est en proie à de sérieuses difficultés financières. Envisagez-vous d’engager une politique nationale de l’éducation populaire, qui donnerait des moyens financiers et décisionnaires spécifiques à l’animation (à l’échelon national et local) ?

Valérie Fourneyron : Comme vous le soulignez, l’éducation populaire est pour la première fois dans un intitulé ministériel. Au début, cela a créé quelques interrogations ou incompréhensions chez ceux qui ne connaissent ou ne reconnaissent pas le rôle majeur de l’éducation populaire dans notre pays. Sa place est pourtant extrêmement importante dans l’organisation des loisirs éducatifs, mais aussi dans notre conception du débat démocratique et la construction de l’épanouissement personnel. Ma première tâche est de montrer toute la force, toute l’innovation de l’éducation populaire dans le vivre-ensemble, et de redonner un cap et de la fierté à ceux qui, dans les services du ministère, en ont la charge. Il faut savoir que le mot était devenu tabou dans ces lieux au cours des années passées, pour ce que je pense être de mauvaises raisons idéologiques.

Les chantiers que nous allons engager en matière d’éducation populaire seront ceux que nous co-définirons avec les acteurs, au premier rang desquels les grandes fédérations nationales, sans oublier la multiplicité des acteurs associatifs de terrain. Pour le moment, je rencontre ces nombreux acteurs particulièrement passionnés. Nous revenons ensemble sur les expériences du passé, comme l’offre publique de réflexion au début des années 2000, et nous dessinons peu à peu les contours d’une politique publique d’éducation populaire.

 

JDA : Malgré la mise en place des Bpjeps, Dejeps et Desjeps, il subsiste une grande complexité et une certaine hétérogénéité dans les formations aux métiers de l’animation, notamment dans la filière universitaire. Avez-vous pour projet de réorganiser la filière universitaire de l’animation ?

Valérie Fourneyron : Les diplômes professionnels du ministère, totalement rénovés en 2002, constituent une filière de certification allant du brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport au diplôme d’État supérieur de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport. En 2011, 4 725 diplômes ont été délivrés dans le champ de l’animation. La compétence de ces professionnels est reconnue sur le marché du travail puisque 70 % d’entre eux trouvent un emploi dans les six mois suivant l’obtention de leur diplôme.

Concernant la filière universitaire, elle relève entièrement de la responsabilité du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et je n’ai pas connaissance d’une quelconque concurrence avec les diplômes professionnels du MSJEPVA. Les caractéristiques des publics intégrant l’un de ces cursus de formation sont propres à chacune des filières. Par exemple, l’entrée en formation professionnelle n’est pas conditionnée par un niveau scolaire. Il y a donc complémentarité entre les filières universitaires et le MSJEPVA, complémentarité que nous cherchons à renforcer dans un souci de cohérence et de lisibilité. L’articulation entre les diplômes professionnels et les diplômes universitaires constitue aujourd’hui un chantier important pour les deux ministères concernés, l’objectif étant d’une part, d’identifier des passerelles entre les certifications et d’autre part, de favoriser l’employabilité des professionnels formés.

 

JDA : Est-il envisagé de tirer un bilan des nouvelles dispositions réglementaires sur le repos des animateurs embauchés en contrat d’engagement éducatif ?

Valérie Fourneyron : À l’issue de la saison estivale qui représente un pic d’activité important pour le secteur des accueils collectifs de mineurs, un bilan de la mise en œuvre du dispositif est en cours, à partir de la synthèse des constats et observations recueillis auprès des têtes de réseaux d’organisateurs d’accueils et des services déconcentrés de l’État. Dès que ce bilan précis aura été établi, j’identifierai les faiblesses du dispositif et prendrai les mesures adéquates pour l’améliorer, en concertation avec les acteurs.

 

JDA : Dans votre discours du 27 septembre devant les directeurs des DRJSCS, vous avez évoqué plusieurs mesures de décentralisation, et notamment un possible transfert « des missions régaliennes aujourd’hui assurées par l’État dans le champ de la protection des mineurs ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce sujet ?

Valérie Fourneyron : Contrairement à ce qui avait prévalu ces dernières années dans le cadre de la « RGPP » qui visait à supprimer de manière arithmétique un fonctionnaire sur deux partant à la retraite (souvent plus à la Jeunesse et aux Sports), j’ai souhaité, dès mon arrivée, engager une réflexion sur l’adéquation entre les missions prioritaires de mon ministère, les besoins nécessaires à la mise en œuvre de ma politique et les moyens – en particulier humains  –disponibles pour les assurer.

Le gouvernement a engagé une phase de modernisation de l’action de l’État qui s’inscrit dans un futur projet de décentralisation. J’ai eu l’occasion d’indiquer que la réflexion n’excluait pas les missions aujourd’hui assurées par l’État, au titre de la protection des mineurs, les collectivités, et en particulier les départements, intervenant déjà dans ce secteur. L’implication des services de mon ministère dans la mise en œuvre de cette mission, assurée aujourd’hui avec efficacité, est essentielle. Aucune décision n’est encore prise, tant les enjeux sont multiples sur un sujet aussi important que la protection des mineurs.

 

JDA : Quels seront les objectifs du comité interministériel sur la jeunesse que vous avez annoncé pour début 2013 ? N’est-il pas à craindre, dans le contexte de crise économique actuel, que la question de la jeunesse ne soit traitée qu’à travers les thèmes de l’emploi, du logement, de l’insertion, en occultant le secteur de l’animation socioculturelle ?

Valérie Fourneyron : La jeunesse est un engagement fort du président de la République et du gouvernement. Nous sommes tous mobilisés pour trouver des solutions concrètes aux difficultés vécues quotidiennement par les jeunes, que ce soit en matière de formation et d’insertion dans l’emploi, de logement, de santé, d’autonomie, d’engagement, de mobilité, mais aussi d’accès à la culture et aux loisirs.

La politique jeunesse est une politique de long terme. C’est la raison pour laquelle le Comité interministériel à la Jeunesse (CIJ) se réunira tous les ans pour assurer le suivi des décisions et des initiatives prises par les différents ministères, dans un souci de cohérence et de lisibilité. Dans ce cadre, la thématique de l’animation socioculturelle a toute sa place et est largement prise en compte dans la réflexion. Parmi les cinq groupes de travail interministériels existants, l’un d’eux porte spécifiquement sur les questions d’accès à la culture, d’engagement citoyen et de développement personnel, notamment par l’éducation non formelle.

Notre ambition est vaste car c’est réellement par la mobilisation de tous – État, collectivités territoriales et secteur associatif –, sur l’ensemble des sujets impactant les jeunes, que nous pourrons répondre à leurs attentes. Et j’ajouterais que les solutions seront d’autant plus efficaces que nous travaillerons avec les jeunes eux-mêmes, en faisant avec eux et pas seulement pour eux, les politiques publiques d’aujourd’hui et de demain. Là est probablement notre plus grand défi.

 

Propos recueillis par Florent Contassot

 

 

Commentaires (0)

Poster un commentaire

Vous êtes indentifié en tant qu'invité. Option de connection ci-dessous