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À Vitry-sur-Seine, des jeunes tournent des clips de prévention

Chapo

Donner aux jeunes la possibilité de sensibiliser leurs pairs à des sujets qui les touchent, c’est ce que propose depuis plusieurs années le centre de quartier Robespierre de Vitry-sur-Seine. Dernier sujet abordé : les dangers à consommer de manière régulière et massive du protoxyde d’azote, le « gaz hilarant ».

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Toutes photos © Centre de quartier Robespierre
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« Le conseiller principal d’éducation nous a félicités pour le film. Il souhaite qu’on rende visite durant une heure de classe aux autres élèves du collège pour les sensibiliser aux dangers du protoxyde d’azote. » C’est dit sur le ton de la conversation mais on sent poindre une certaine fierté dans la voix de Younès, l’acteur principal du court-métrage Une seule vie. L’adolescent a aussi été félicité par les surveillants et c’est très important à ses yeux. « On n’a pas travaillé pour rien et on espère ainsi sauver beaucoup de personnes. Quand on a choisi de faire le film, des capsules de protoxyde d’azote du type de celles qui sont dans les bombes de crème chantilly, on en voyait dans la rue, un peu partout. »

C’était sa première participation à un court-métrage et il s’est pleinement investi dans sa réalisation, comme tous ses camarades du centre de quartier Robespierre de Vitry-sur-Seine (94). Et Younès recommencera sans aucun doute, très prochainement, car il y a d’autres sujets sensibles que lui et les jeunes de la structure souhaitent aborder.

Paragraphes

Un danger bien réel

Une consommation abusive et massive du protoxyde d’azote peut entraîner des séquelles lourdes pour les utilisateurs avec des risques :

• de troubles neurologiques graves causés par une carence en vitamine B12 (fourmillements ou picotements dans les membres, vertiges, troubles de l’équilibre… pouvant mener à la paraplégie) ;

• d’apparition d’une anxiété, d’une anémie ou de maux de tête réguliers… voire de brûlures graves par explosion de bonbonnes ou des engelures sur la peau dues au contact avec le gaz froid ;

• de chutes graves lors d’une perte de conscience causée par la consommation de gaz.

La récupération peut être incomplète. Des séquelles sont possibles et nécessitent une rééducation. Une atteinte cognitive à long terme n’est pas exclue en raison de la carence en vitamine B12 mais aussi de manques d’oxygénation du cerveau (hypoxies cérébrales) répétés.

Auprès des jeunes du quartier

Le centre de quartier Robespierre est né en 2011. Il est ouvert en soirée, les mercredis et pendant les vacances scolaires, et accueille les adolescents entre 10 et 15 ans. « Les soirs, nous accueillons en moyenne une vingtaine de jeunes ; pendant les vacances, c’est une quarantaine. Notre objectif principal est de lutter contre le décrochage scolaire. Nous proposons donc tous les jours de l’accompagnement à la scolarité, du CM2 à la seconde. Les cours d’aide aux devoirs sont assurés par les animateurs et de jeunes étudiants du quartier. Nous programmons aussi de nombreuses activités en lien avec le sport, le théâtre, l’écriture, le cinéma… », précise Abdelhafid Khecha, le directeur du centre depuis sa création. L’homme a une quarantaine d’années, dont près d’une vingtaine passée dans l’animation. Il est arrivé à Vitry-sur-Seine en 2008, après avoir travaillé dans les environs, notamment à Massy et Orly. « J’ai commencé comme animateur puis je suis passé directeur lors de la création de la structure. Je suis titulaire d’un Bpjeps Loisirs tous publics avec certains modules spécifiques aux quartiers populaires. »

Le centre de quartier Robespierre favorise l’axe de la parentalité. L’équipe d’animation, qui se compose d’un directeur, d’une directrice adjointe et de deux animateurs vacataires, cherche le plus possible à impliquer les parents dans ses actions. « Les jeunes doivent systématiquement s’inscrire en présence de leurs parents. De cette manière, nous créons toujours un lien. Nous échangeons aussi très souvent avec eux et les invitons lors de chaque restitution de projet. » L’équipe fait en sorte d’être une passerelle entre les jeunes et leurs familles, et valorise avant tout le cadre de vie de proximité. « Nous sommes situés au centre-ville, en plein quartier de la Dalle Robespierre, non loin de la patinoire, du nouveau centre aquatique… de l’Exploradôme tourné vers les sciences et le numérique ainsi que du musée d’art contemporain du Val-de-Marne. C’est une chance que nous saisissons, comme nous nous appuyons sur les partenaires locaux lors de la mise en place d’actions. »

Par ailleurs, le centre bénéficie très clairement, comme les autres structu­res périscolaires et extrascolaires de la commune, du soutien inconditionnel de la mairie pour qui la jeunesse est une priorité. Vraiment.

L’expérience acquise lors d’ateliers d’écriture a été réinvestie par les jeunes pour rédiger l’histoire et les dialogues du film.

Des actions ancrées dans le quotidien

Les ateliers d’écriture, le théâtre et le cinéma sont très régulièrement au programme du centre de quartier Robespierre. Ces activités plébiscitées par les jeunes sont toujours, pour eux, l’occasion de s’exprimer sur des sujets qui leur tiennent à cœur et d’agir sur leur environnement proche. La réalisation du court-métrage Une seule Vie, de novembre 2021 à mai 2022, n’était donc pas une première.

« Nous avions réalisé d’autres courts-métrages auparavant. Sur le harcèlement en 2016, le décrochage scolaire en 2018 ou encore le handicap en 2021. » Ce dernier, présenté dans le cadre de la semaine de la parentalité en novembre 2021, a pris la forme d’un draw my life de 4 minutes, à savoir une histoire racontée par celui qui l’a vécue à l’aide d’une succession d’illustrations dessinées sur un tableau blanc. « Brigitte Lecordier, comédienne de doublage qui prête notamment sa voix à de nombreux personnages de la série Dragon Ball Z, a participé à ce projet. Nous avons aussi reçu le soutien de la Ressourcerie du spectacle – Le Crapo. »

Chaque fois, ces projets vidéo sont imaginés et conçus avec les jeunes eux-mêmes. « Le sujet du court-métrage Une seule vie s’est décidé pendant le confinement. L’équipe d’animation craignait que les jeunes tombent, en restant enfermés, dans l’addiction. On connaît leur goût pour la PlayStation, le smartphone, les jeux… Nous leur avons donc proposé de l’aide à distance. » Les jeunes ont accepté. Des échanges entre l’équipe d’animation et son public est aussi ressortie l’idée de réaliser ensemble un film sur un sujet qui les touchait. Plusieurs souhaitaient parler de la consommation abusive du protoxyde d’azote, parce qu’ils en voyaient les ravages sur les réseaux sociaux et chez certains jeunes du quartier.

Sur plusieurs mois

« L’idée a pris du sens au fil des semaines. J’ai donc demandé l’aide de la Maison commune des addictions, des troubles mentaux et de la santé de Villejuif. Un médecin m’a donné des informations scientifiques sur cette addiction », explique Abdelhafid Khecha. Finalement, un animateur de la Maison est venu dans la structure, à l’automne 2021, pour parler des addictions et des risques qu’encouraient les jeunes à inhaler du protoxyde d’azote.

Le tournage s’est déroulé sur sept demi-journées, pendant les vacances scolaires de février 2022.

Parallèlement à cette sensibilisation, le directeur du centre de quartier Robespierre a contacté Nicolas Wanlin, un jeune ayant fréquenté la structure de loisirs il y a quelques années et qui s’est lancé dans la vidéo. « Il a développé sa boîte, travaille régulièrement pour la mairie et a réalisé des films pour AlloCiné… Sur ce projet, sa participation a été bénévole via son association, Achromat. »

Abdelhafid Khecha a également programmé plusieurs séances de sensibilisation aux gestes de premiers secours. « C’est un sujet que nous abordons régulièrement en sollicitant des associations. Cette fois, cela s’est fait en interne, avec une des animatrices de la structure, que l’on voit notamment dans le film lors de la séquence du gymnase. »

La réalisation du film s’est échelonnée de novembre 2021 à mai 2022, mois durant lequel se sont tenues les premières projections publiques. Les jeunes ont participé à chacune des étapes de sa réalisation. Tout d’abord, il a fallu rédiger l’histoire et imaginer les dialogues. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les jeunes du centre n’ont pas rencontré de difficultés particulières à coucher leurs idées sur le papier. « Ils aiment produire, s’inspirent du rap et de leur vie quotidienne. L’écriture créative est dans la culture du centre. » Cette première étape a sollicité les jeunes, tous les mardis soir, en décembre.

« Je suis intervenu ensuite », explique Nicolas Wanlin. « J’ai lu le scénario puis je l’ai annoté et corrigé. Il était trop écrit, j’ai donc rendu l’ensemble plus conforme à ce que l’on attend d’un film qui parle du quotidien. Ensuite, je me suis occupé du process de réalisation. J’ai expliqué aux jeunes comment nous allions tourner les scènes et dans quel ordre… avant de passer au tournage lui-même. » Il a eu lieu durant la deuxième semaine des vacances de février et a demandé sept demi-journées de travail. Tous les jeunes y ont participé : il y avait les acteurs bien entendu mais aussi ceux qui tenaient la perche, la caméra ou occupaient la fonction de technicien.

La présentation officielle du film Une seule vie a eu lieu devant les parents des jeunes du centre, et plusieurs élus de la ville de Vitry-sur-Seine.

Des jeunes investis

« Je me suis occupé seul du montage du film qui dure plus de 14 minutes. Sur une telle durée, faire participer les jeunes est compliqué », précise Nicolas Wanlin. La présentation du film s’est officiellement faite en mai devant les parents mais aussi des élus de la ville. Les retours ont été bons tant de la part des acteurs éducatifs que des jeunes… qui ont déjà choisi le sujet de leur prochain film.

« On aimerait parler des rixes, des adolescents qui ne se connaissent pas et qui se battent sans raison », détaille Younès. « Il y a de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux. Il faut dire non à la violence et dire oui à la paix. Cela se fera peut-être cette année… C’est ma dernière année au centre, j’y suis depuis que j’ai 10 ans et je vais sur mes 15 ans en février. » Le temps est donc compté pour cet adolescent qui quittera la structure aux prochaines vacances d’été et qui, semble-t-il, désire profiter pleinement de l’opportunité, que lui laisse l’équipe, de s’exprimer librement et d’agir sur le monde.

Des films à voir 

Voici les deux dernières productions du centre de quartier Robespierre de Vitry-sur-Seine, sur les thèmes du handicap et du protoxyde d'azote :

Droits
© Centre de quartier Robespierre
Droits
© Centre de quartier Robespierre

Centre de quartier Robespierre

Abdelhafid Khecha
1, allée du Petit-Tonneau
94400 Vitry-sur-Seine
Tél. 01 46 82 83 72

Métier
Projets d'animation
Formats

Titre :
À Vitry-sur-Seine, des jeunes tournent des clips de prévention
Auteur :
Florent Contassot
Publication :
4 mars 2024
Source :
https://www.jdanimation.fr/node/204
Droits :
© Martin Média / Le Journal de l'Animation

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