#GénérationCampColo : un an plus tard

« #GénérationCampColo, c’est la reprise d’une idée un peu globale, émise par Valérie Fourneyron qui souhaitait redynamiser les colos en s’inspirant du scoutisme et en s’appuyant sur une déflation des normes », explique un des évaluateurs du dispositif, Jean-Michel Bocquet, co-fondateur des éditions Le Social en Fabrique et doctorant en sciences de l’éducation. Parce que les « colonies de vacances » ne suscitent plus l’attrait, ce n’est pas un secret ; depuis 1994, on constate une érosion, plus ou moins marquée d’une année sur l’autre, du nombre d’enfants et de jeunes partant en séjour durant la période estivale (en moyenne, moins de 30 000 par an). Les raisons de cette baisse sont difficiles à expliquer, même si on peut avancer la diminution des budgets alloués aux organisateurs institutionnels et associatifs, le coût en cette période de crise des séjours pour les classes moyennes, l’image « ringarde » des colos et l’apparition d’autres formes plus consuméristes et séductrices de séjours...
L’expérimentation ministérielle #GénérationCampColo était par ailleurs une manière de répondre au renforcement de l’éducation populaire prôné dans le plan La République en actes présenté le 6 mars 2015 par le comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté. Un plan qui faisait suite à la nécessité d’agir pour le vivre ensemble, mise en évidence après les attentats de Charlie Hebdo.

De l’expérimentation à l’évaluation
Portée par le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, #GénérationCampColo visait à renouveler l’offre des organisateurs associatifs, à soutenir les nouvelles formes de « colos » et à proposer des clés pour travailler la question de la mixité sociale... Un appel à projets a ainsi été lancé à la mi-juin 2015 en direction des associations organisatrices de séjours de vacances ayant obtenu l’agrément « jeunesse et éducation populaire ». Les postulants devaient répondre à des critères de qualité, de mixités et d’innovation pour être retenus dans l’expérimentation.
Logiquement, l’expérimentation a été accompagnée d’un appel d’offres relatif à l’évaluation. À l’issue de la phase de sélection, c’est une équipe de 9 chercheurs du Social en Fabrique qui ont été retenus pour cette mission. « Nous avons officiellement été chargés tout début août d’évaluer les 95 séjours sélectionnés par le ministère et de vérifier chaque fois la présence des critères de sélection. Nous en avons visité 24 de l’été à l’automne (sur plusieurs jours) et nous nous sommes entretenus avec les organisateurs, les équipes en place... » précise Jean-Michel Bocquet. « Attention, j’insiste sur le mot évaluer, car nous n’avons jamais fait de l’inspection, ce n’était pas le but de la mission. À notre connaissance, c’était la première fois qu’une telle évaluation était réalisée collectivement par autant de chercheurs. »

Un rapport intermédiaire refusé
« Comme convenu, nous avons rendu un rapport intermédiaire en novembre 2015 : le ministère l’a refusé et nous a demandé de le réécrire. Nous sortions selon lui du cadre ; nous nous intéressions au dispositif dans sa globalité et non au cas particulier que représentait chaque séjour. » L’équipe de chercheurs pointait notamment, sans dénigrer les séjours évalués, que l’expérimentation ne s’intéressait qu’aux séjours longs (plus d’une semaine) organisés par des structures spécifiques (ayant l’agrément « JEP »). « Ce qui exclut de l’évaluation un très grand nombre de séjours, par exemple ceux de quelques jours, ceux des petites associations et des collectivités territoriales. La représentativité n’est pas là. » Elle mentionnait en outre qu’aucune pratique pédagogique innovante n’avait été repérée. « Pour faire de l’innovation, il faut généralement sortir du cadre institutionnel ce qui est antinomique avec les principes mêmes de cette expérimentation. » Voire que la question des mixités, un des critères de l’appel d’offres, était absent des séjours évalués.
« Les enfants étaient heureux et les équipes d’animation bienveillantes dans tous les séjours visités, mais ce n’était pas notre mission de dire cela. Nous avions pour rôle d’évaluer le dispositif dans sa globalité. Après, en toute transparence, certaines structures nous ont clairement dit être rentrées dans les cases de l’appel d’offres pour récupérer quelques milliers d’euros, ce qui n’est pas négligeable en cette période de disette budgétaire. »

À découvrir et à lire…
Au final, l’équipe de chercheurs du Social en Fabrique a écrit un second rapport intermédiaire que le ministère n’a pas commenté, puis elle a rendu son rapport final d’évaluation du dispositif expérimental en avril 2016. Ce document de plus d’une centaine de pages, se terminant sur une liste de 34 préconisations pour changer « le paradigme des séjours », a été lui aussi refusé par le ministère pour les mêmes raisons qu’énoncées précédemment. « Nous avons tout de même décidé de le publier car, à nos yeux, c’est également de la liberté de la recherche dont il est question. »
Le rapport, intitulé Des séparations aux rencontres en camps et colos, est ainsi en vente (15 €), depuis la mi-juin, sur le site de la maison d’édition. Et il est doublement intéressant de s’y plonger : d’une part, car on y présente, chiffres à l’appui, le monde des « colos » tout en détaillant une évaluation de l'expérimentation (sa portée, ses limites, les perspectives d’évolution…) ; d’autre part, parce qu’on y trouve une analyse fine de la mixité sociale que visait le dispositif et des préconisations pour véritablement changer les séjours d’aujourd’hui. « Quand on amène de la plus-value, de la réflexion… les gens s’y intéressent. C’est ce qu’on a toujours constaté sur le terrain et c’est aussi à partir du terrain que viendra le changement. »

Florent Contassot


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