Les priorités de Jeannette Bougrab pour la jeunesse

AEF (Agence Éducation Formation) : Quelles sont vos priorités dans votre portefeuille de Secrétaire d'État à la Jeunesse ?

Jeannette Bougrab : Je m'intéresse particulièrement aux cellules « Jeunes, quartiers, entreprises ». La première a ouvert ses portes à Nanterre (Hauts-de-Seine) le 23 mai 2011 et la seconde verra le jour à Bondy (Seine-Saint-Denis) le 24 juin. La logique est d'agir au niveau le plus local possible, avec le service public de l'emploi, en partenariat avec des entreprises comme Randstadt, Veolia ou Manpower. Ces cellules s'occupent des jeunes « décrocheurs » sans qualification, mais aussi des jeunes diplômés qui ne parviennent pas à trouver un travail, parce qu'ils manquent de réseau. Les plus exclus peuvent être dirigés vers des « écoles de la deuxième chance ». Mais il ne faut pas oublier les jeunes que j'appellerais les « décrocheurs de la République ». Ils ont cru au modèle républicain, ils ont fait des études, ils ont fourni plus d'efforts que les autres et ils connaissent malgré tout un taux de chômage élevé. Ceux-là ressentent une désillusion sur le modèle républicain, qui reste pourtant à mes yeux le meilleur modèle.

Ma deuxième priorité concerne l'accès des jeunes au micro-crédit. Nous poursuivons les expérimentations du Fej sur l'accès des jeunes au micro-crédit en partenariat avec l'Adie. Nous essayons de faire participer des partenaires privés et des entrepreneurs de la nouvelle génération pour financer des projets allant jusqu'à 50 000 euros. Ces actions viennent compléter celles des « business angels des cités », [un fonds d'investissement dédié au développement économique des banlieues] dont le ticket d'entrée est plus élevé, à 100 000 euros.

AEF : À moins d'un an de l'élection présidentielle, quelles idées pour la jeunesse souhaitez-vous apporter au futur candidat de la majorité ?

Jeannette Bougrab : Ce sont les mêmes qu'aujourd'hui. L'accès au micro-crédit restera en tête des mesures que je souhaite voir se développer. Je me rends d'ailleurs prochainement au Royaume-Uni afin de mieux connaître l'initiative de la « Youth Bank », un organisme financier destiné aux jeunes. Cette structure aide par exemple des jeunes à acheter un véhicule qui leur permettra de trouver un emploi. D'autre part, elle pratique le micro-crédit dans les quartiers depuis plusieurs années.

Je souhaite aussi insister sur l'accès aux stages. Les jeunes de bac professionnel ont souvent du mal à trouver une entreprise pour les accueillir alors qu'à l'ENA, les étudiants effectuent des stages en entreprise sans avoir passé un seul entretien ! C'est l'école qui les place. Je pense que lorsque les stages constituent une composante obligatoire du diplôme, les établissements pourraient les chercher pour les étudiants. Je compte d'ailleurs aborder cette question lors du Comité interministériel de la jeunesse qui se tiendra fin septembre.

Nous sommes en outre en train de réfléchir à la question du permis de conduire, afin d'en réduire le coût, notamment pour les élèves des lycées professionnels et de certains établissements de l'enseignement supérieur.

AEF : Vous travaillez aussi sur le mal-être des jeunes. Quel est votre constat à ce sujet ?

Jeannette Bougrab : Le suicide représente la seconde cause de mortalité des moins de 25 ans, après les accidents de la route. Or si le suicide des jeunes, les tentatives de suicide et les violences faites à soi-même ont déjà été étudiés, le suicide des enfants reste encore mal connu. C'est pourquoi j'ai confié une mission à Boris Cyrulnik sur ce sujet. Beaucoup d'accidents domestiques sont en fait des suicides. Mais pour les parents, c'est très difficile d'admettre qu'un enfant a voulu se donner la mort.

J'ai également récemment été auditionnée par la mission parlementaire d'information sur les toxicomanies. Pour moi, la toxicomanie ne se résume pas aux drogues dures et au cannabis. Elle concerne toutes les substances psychoactives comme l'alcool et les tranquillisants. Or d'après l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 18,4 % des jeunes de 16 ans disent avoir déjà expérimenté des tranquillisants. C'est la preuve d'un véritable mal-être. C'est pourquoi j'ai souhaité intégrer un module spécial sur la prévention des conduites addictives dans la formation des moniteurs de centre de loisirs. Je pense qu'il est plus facile de faire passer le message par des jeunes eux-mêmes, dans un cadre non contraint, car les enfants et les adolescents y sont moins sur la défensive qu'à l'école. Pour éviter les débordements des apéros Facebook, nous avons nommé un coordinateur national, Éric Bergeault.

AEF : La contraception reste au cœur de votre action…

Jeannette Bougrab : Oui. 15 000 adolescentes avortent chaque année. C'est pour cela que j'ai confié une mission au professeur Israël Nisand, sur l'accès à la contraception d'une part, mais aussi sur le respect du corps et la question des violences sexuelles sur les enfants. Les grossesses précoces sont souvent perçues comme des négligences alors que beaucoup sont dues à des actes incestueux. Je pense qu'il est nécessaire d'intervenir dès le plus jeune âge, notamment par le biais de la formation des personnels de la petite enfance. Je crois beaucoup au rôle des intervenants extérieurs sur ces questions de prévention. Israël Nisand va d'ailleurs se rendre en Suisse et aux Pays-Bas pour étudier des initiatives novatrices dans ce domaine. Travailler sur le respect garçons-filles peut permettre d'accéder aux questions des agressions sexuelles, mais aussi des mariages forcés et des certificats de virginité.

AEF : Où en êtes-vous de la création d'un Institut franco-arabe pour la jeunesse, que vous avez annoncée fin mai 2011 à l'occasion d'un colloque sur « l'engagement 2.0 » ?

Jeannette Bougrab : Nous en sommes au stade de la levée des fonds. J'espère parvenir à réunir cinq millions d'euros. Cet institut sera une fondation privée, qui se concentrera sur le micro-crédit, afin de financer des projets des deux côtés de la Méditerranée. Pour le moment, nous travaillons avec la Tunisie et le Maroc. L'autre volet de son action sera culturel afin de favoriser la mobilité. Aujourd'hui, les jeunes ont les mêmes codes [en France et au Maghreb], notamment avec les réseaux sociaux. L'objectif est d'impliquer notamment les jeunes Français issus de l'immigration, comme moi. Je pense que la double-culture est un atout. J'observe aussi qu'à l'étranger, il y a une forte demande « de France », avec la Sorbonne et le Louvre à Abu Dhabi par exemple.

Propos recueillis par l’AEF


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