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Comment l’animateur peut-il se renouveler ?

Chapo

La vie de l’animateur est rythmée par une répétition des moments. Chaque année, mais aussi chaque semaine, chaque jour, les mêmes rendez-vous reviennent. Comment, dès lors, échapper à une routine qui est parfois démobilisante ? Comment se renouveler ? À partir de cette question simple, voyons ce qui peut éclairer notre chemin.

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La question « comment se renouveler » peut paraître simple. Il n’en est rien. Le fait même de la poser renvoie à d’autres questions, qu’elle contient : renouveler quoi ? Les activités ? La posture ? Les projets ? À partir de quel(s) besoin(s), de quel(s) constat(s) ? S’agit-il d’une question personnelle ou professionnelle, individuelle ou collective ? Quels sont les enjeux qui se relient à cette question ? Que se passera-t-il si l’on ne le fait pas ?

Il y a sans doute beaucoup d’autres pistes encore à explorer, mais celles-ci nous disent déjà que cette question est une porte derrière laquelle tout un monde de réflexion nous attend. Dans l’expérience concrète, elle apparaît régulièrement dans deux contextes : le premier, c’est quand le professionnel ressent une sorte de routine fatigante, où s’émoussent peu à peu le désir et le plaisir de travailler. Le professionnel éprouve alors le besoin de retrouver des perspectives, une sorte de nouveau souffle. À ce moment-là, il ne sait pas forcément quel chemin prendre. Le deuxième cas de figure rencontré régulièrement est celui où le professionnel est plein de volonté et d’énergie, mais se sent coincé dans un dispositif qui ne lui permet pas d’exprimer la créativité dont il se sait ou se sent capable.

Nous allons donc suivre différentes voies en espérant que l’une ou l’autre, ou l’ensemble, permette d’éclairer les lecteurs ou lectrices qui pourraient être en train de se poser la question.

Renouveler la pratique dans un environnement constant

Renouveler l’activité

Victor, en panne d’idées

Prenons l’exemple de Victor, animateur dans un centre périscolaire. Il dit ne pas trouver quoi faire avec les enfants. Bien sûr l’espace du périscolaire est plutôt réduit, il ne peut pas développer de grands jeux, de grandes animations. Mais il n’a tout simplement pas d’idées. Il pense que les enfants ne veulent pas de ce qu’il propose, qu’ils ont d’autres choses en tête. Il a bien essayé plusieurs fois, sans succès. Il cherche alors des idées d’activités à même de plaire aux enfants. Nous verrons plus loin que le problème est sûrement plus complexe que simplement trouver des idées d’activités, néanmoins nous allons tenter d’apporter une réponse de « premier niveau » à cette demande.

Pour qu’un animateur trouve de nouvelles idées, plusieurs leviers sont possibles : le premier est le recours à son propre stock, qu’il a souvent acquis en formation. Régulièrement les professionnels laissent une partie de ce qu’ils ont appris derrière eux, prenant l’habitude de pratiquer à partir de ce qu’ils aiment et connaissent. Pour autant, réouvrir ses notes de formation peut faire ressurgir de bonnes ressources. Le deuxième levier, à l’évidence, ce sont les collègues. Les observer est un premier moyen de trouver de nouvelles idées, mais le plus fructueux sera sans doute de réfléchir à plusieurs. Victor est étonné de voir le nombre d’idées et de ressources qui peuvent arriver dès qu’on ose demander. La plus grosse difficulté sera souvent ici d’oser dire aux collègues « je n’ai pas d’idée », tant être animateur est souvent associé à la capacité à avoir des idées. Comme si le renouvellement était un fait en soi, un processus auquel on n’avait pas besoin de faire attention : la réalité nous montre que parfois, ce processus est à l’arrêt. Il a besoin d’un coup de pouce pour repartir.

Un troisième levier est à l’évidence la presse professionnelle, par exemple le magazine que vous êtes en train de lire. Il regorge de pistes que vous pouvez suivre. Un autre pourvoyeur de nouvelles idées est le réseau professionnel. Celui-ci est constitué à la fois des partenaires connus sur le territoire, et des organisations professionnelles, type fédérations, qui à la fois regroupent des professionnels, relient des projets et proposent des formations et/ou du soutien pédagogique. Il y a enfin, aujourd’hui, des professionnels qui se regroupent sur certains réseaux sociaux afin de s’entraider. Les moyens, donc, ne manquent pas : la difficulté principale sera de « sortir de sa coquille » et d’oser aller chercher l’information.

Camille, en manque de confiance

Camille, une animatrice qui travaille depuis des années avec la même tranche d’âge, vient de changer : elle travaille désormais avec des enfants plus âgés. Elle doit renouveler sa batterie d’activités. Elle s’estime en grande difficulté. Pour elle cependant les leviers sont les mêmes que ceux que nous avons évoqués pour Victor. Mais à l’évidence, le problème que rencontre Camille ne se situe pas au niveau de l’activité : elle est plutôt en difficulté car elle est convaincue qu’elle n’est pas faite pour travailler avec des enfants de cette nouvelle tranche d’âge. À tort ou à raison, quel que soit l’outil qu’on lui propose, elle ne se sentira pas capable de le mettre en œuvre.

Damien et sa direction

Prenons maintenant l’exemple de Damien, animateur d’une trentaine d’années, qui officie dans un accueil périscolaire et dans un accueil de loisirs pendant les vacances. Il connaît bien les lieux, parce qu’il a plusieurs saisons à son actif. Il ne s’ennuie pas. Il a en sa possession de nombreux outils d’animation, glanés dans sa formation initiale et au cours de son expérience, auprès de collègues. Il ne sent pas réellement de besoin de renouvellement. Il a ses activités habituelles, qui sont pour lui des sortes de routines qui se réinventent en permanence. Il dit souvent que pas un groupe n’est pareil à un autre, que deux jours ne sont jamais les mêmes, même au sein du même groupe. Sa démarche pédagogique repose sur l’observation des enfants : à partir de ce qu’il voit et sent, il propose. C’est en quelque sorte une démarche de co-construction. Le fond est donc très animé. La forme, elle, peut sembler à l’observateur un peu répétitive. C’est la raison pour laquelle il a reçu dernièrement une demande de sa direction, de renouveler sa pratique. Ici, il semble qu’il n’y ait qu’un seul chemin possible : il va s’agir de réfléchir avec la direction sur ce qui est perçu, afin de se mettre d’accord sur une intention partagée. Il est possible, dès lors que Damien prend le temps d’expliquer sa pratique et de valoriser en quoi cette pratique permet un constant renouvellement, que lui et sa direction tombent d’accord. Peut-être que de cette discussion naîtront quelques légers ajustements et nouveautés qui satisferont tout le monde…

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Renouveler par la posture

Dans un autre accueil de loisirs, c’est Sophie, animatrice, qui se fatigue. Elle cherche de nouvelles activités, parce que dit-elle, les enfants se lassent. Elle a une représentation de son métier que l’on peut résumer ainsi : c’est l’animateur qui impulse le mouvement, face à un groupe qui n’est pas trop censé savoir où il va. En fait, cette représentation pose problème. Elle suggère que c’est l’animateur qui doit « sortir » l’énergie de lui-même, un peu comme s’il était seul à manœuvrer un grand bateau dans lequel auraient pris place, de manière totalement passive, les enfants.

Il arrive ainsi, fréquemment, que l’idée que se font certains animateurs de ce qu’ils doivent faire, c’est, soit emmener un groupe qui ne veut pas être emmené, soit lutter avec le groupe qui, si on le laisse à lui-même, ira dans un sens que ne souhaite pas l’animateur. On voit bien que l’impact de ces représentations est une posture un peu raide, où le professionnel se fatigue beaucoup, parce qu’il ne compte pas sur l’énergie apportée par le groupe.

On comprend aussi que ce qui va poser problème au professionnel n’est en rien l’activité : tant qu’il est dans ce rapport-là au groupe, il va être régulièrement en difficulté. C’est pourquoi on évoque un renouvellement par la posture. Il s’agira ici de se mettre beaucoup plus à l’écoute et à l’observation du groupe, pour voir quelle énergie celui-ci apporte, et dans quel sens elle va. Il n’aura ensuite plus qu’à « suivre » cette énergie. Sophie, ici, se rend compte que dès qu’elle laisse les enfants décider, certains s’assoient en cercle et discutent, d’autres vont chercher des ballons. À partir de là, une des propositions est d’être en contact avec les besoins qu’expriment les enfants. Dans les temps périscolaires, il n’est pas rare que le premier besoin des enfants soit celui de se défouler, dans une structure peu contraignante, coincés qu’ils sont entre les temps scolaires, les impératifs d’organisation des cantines, les déplacements. Renouveler sa posture est ici s’adapter à l’énergie disponible, coconstruire, au lieu de positionner des attentes irréalistes.

Éviter… … mais plutôt :
• De penser que la solution est toujours dans le renouvellement d’activités. • Commencer par analyser la motivation à changer pour identifier les enjeux.
• D’isoler l’animateur de son environnement. • Regarder comment l’environnement peut participer à ce renouvellement.
• De se débrouiller tout seul. • Prendre le temps de réfléchir à plusieurs et de se relier à plusieurs sources.

Se renouveler en changeant le contexte

Mathis est un jeune animateur qui a déjà un peu d’expérience. Il éprouve des difficultés à se renouveler. Il essaie de nouvelles activités, mais sent qu’il manque d’énergie pour les « défendre ». Il ne faut pas longtemps pour qu’il reconnaisse qu’il sent une sorte de désir de changer de contexte.

Face à cela, on peut répondre au moins de deux façons différentes : la première consisterait à le questionner, pour essayer d’approfondir et de découvrir ce qui pourrait être en train de se dissimuler sous la difficulté de se renouveler. Il arrive que dans certaines équipes, c’est une difficulté à se parler et à s’ajuster en équipe, qui crée des sortes de barrières, qui empêche tel ou tel professionnel de déployer sa pratique. Par exemple, ici, on pourrait se rendre compte que Mathis, bien que très compétent, est vu comme un débutant en raison de son âge. Les collègues avec lesquels il fait équipe l’ont déjà « remis en place », dans une sorte de jeu de pouvoir plutôt malsain.

Face à ce type de processus, plusieurs réponses sont possibles : il peut s’effectuer un travail, soutenu par la direction, afin de modifier la dynamique interne de l’équipe, et ouvrir l’espace pour les propositions de Mathis. Mais peut-être n’est-ce pas la bonne entrée. Peut-être que Mathis a besoin de changer de lieu, d’équipe : ce n’est pas parce que l’équipe ne fonctionne pas qu’il partirait, mais parce qu’il aspire tout simplement à la nouveauté.

Se renouveler en changeant l’environnement

Il arrive que le contexte, un peu comme on vient de le voir avec Mathis, nécessite d’être modifié. Ce que nous appelons l’environnement, c’est tout ce qui est autour de l’animateur et qui interagit avec lui. Par exemple, dans un service enfance jeunesse, une raison majeure identifiée par l’équipe et qui freinait le renouvellement des activités, c’était la pression de la direction qui, sous pression elle-même de sa hiérarchie, voulait « assurer » une sorte d’image. On sait que l’animation est souvent un secteur qui est très observé sur un territoire, parce qu’il concerne les familles… Alors, il n’est pas rare que « redescendent » sur les équipes des demandes qui viennent par exemple des élus locaux.

Ces demandes deviennent des injonctions qui enferment les professionnels dans des pratiques, parfois sans être issues de personnes qui connaissent vraiment le métier. Il devient alors nécessaire de s’organiser pour, peu à peu, montrer aux personnes concernées qu’il est possible de faire différemment des habitudes tout en assurant une belle qualité de travail.

L’environnement, ce sont aussi les partenaires. Par exemple les écoles. Il est parfois nécessaire de travailler sur le lien avec l’école pour obtenir des changements (d’horaires, de lieux…) qui vont permettre aux animateurs de retrouver de l’espace pour faire. À noter cependant que ce type de changement prend du temps. Parfois même plusieurs années. Les écoles fonctionnant par années scolaires, il arrive fréquemment qu’un type de fonctionnement soit décidé pour toute l’année.

Le renouvellement par le changement d’environnement est donc très complexe, souvent difficile et long à obtenir. Parfois, il est même quasiment impossible, quand la culture locale laisse peu place aux équipes d’animation dans les discussions. Néanmoins, avant de dire que « c’est la faute de l’environnement », il convient de regarder quels sont les espaces qui peuvent être créés pour faire des demandes et des propositions.

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En guise de conclusion : les freins au renouvellement

On le voit, les pistes pour se renouveler sont nombreuses. Les freins, malheureusement, sont nombreux aussi. Il appartient donc à chacun de faire le tri entre la part personnelle et la part « du contexte », en sachant que ce tri est souvent rendu confus par la difficulté à percevoir clairement les choses : quand on est concerné, on a du mal à discerner.

Il est utile alors de ne pas réfléchir seul, en ayant accepté avant de remettre en cause toute croyance ou conviction qui peut empêcher le mouvement. Il est utile de se souvenir que face à nos passivités et nos méconnaissances, nos curiosités et nos partages sont souvent des armes efficaces pour changer la donne.

Pour aller plus loin :

L’intelligence créative au travail, Isabelle Guyot, Gereso, 25 € (2022)

L’intelligence émotionnelle – Intégrale, Daniel Goleman, J’ai Lu, 15,90 € (2014)

Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), Marshall B. Rosenberg, La Découverte, 20,50 € (2016)

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Titre :
Comment l’animateur peut-il se renouveler ?
Auteur :
Pascal Mullard
Publication :
20 février 2024
Source :
https://www.jdanimation.fr/node/191
Droits :
© Martin Média / Le Journal de l'Animation

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