Jérôme Henry, un animateur au cœur de la réforme des rythmes scolaires

Le Journal de l’Animation : Vous venez d’intégrer le Comité national de suivi de la réforme des rythmes scolaires. À quoi va servir cette nouvelle instance ?
Jérôme Henry :
L’objectif est de porter un regard sur la mise en place de la réforme, en valorisant les dispositifs qui fonctionnent, les expériences réussies. Le comité est aussi là pour trouver des solutions aux problèmes des différents acteurs. Nous sommes un outil opérationnel au service d’une réforme. Nous n’écartons pas la possibilité de faire évoluer son contenu par petites touches. Les différents ministres ont été clairs là-dessus : des ouvertures et des dérogations sont possibles.

JDA : Un seul représentant du monde de l’animation socioculturelle sur 18 membres : une réussite pour vous ou une déception ?
Jérôme Henry :
Nous avons tellement insisté pour être représentés que nous sommes très contents d’être là ! Nous croyons au fond de la réforme. Aborder le temps de l’enfant dans une approche globale et continue sera une avancée pour nos métiers et pour les enfants. Nous avons toute notre place dans cette réflexion.

JDA : Pensez-vous que cette réforme va permettre un repositionnement des métiers de l’éducation dans la journée de l’enfant ?
Jérôme Henry :
Oui je crois que c’est une opportunité formidable. Il faut penser globalement le temps de l’enfant, et donc repositionner la place et le rôle des différents acteurs. Les animateurs ont inventé la notion de projet et de partenariats. C’est notre quotidien, il faut nous faire confiance, nous savons faire. Bien sûr dans les métiers de l’animation, les réalités sont très différentes d’une structure à l’autre, et il a beaucoup d’inquiétudes actuellement sur la formation, les temps de travail ou les taux d’encadrement. Cela me permet de rappeler qu’une des grandes attentes du métier est celle de la professionnalisation.

JDA : Quels sont les principaux enjeux de la réforme de votre point de vue d’animateur ?
Jérôme Henry :
Pour l’instant nous alertons sur les taux d’encadrement qui sont fixés à 1 animateur pour 18 enfants. Cela nous paraît un retour en arrière par rapport aux taux d’encadrement du périscolaire qui sont actuellement de 1 pour 14 pour les plus de 6 ans. Cela nous paraît très difficile et inquiétant de travailler dans ces conditions. Ce chiffre ne peut être qu’une transition pour nous afin de donner le temps aux communes de s’organiser. Si l’on veut de la qualité, on ne peut pas se satisfaire de ces taux.

JDA : Comment se présente la collaboration entre les différents acteurs de la réforme : les enseignants, les élus… ?
Jérôme Henry :
Là aussi nous pensons qu’il faudra inventer des formations transverses pour mieux collaborer. Il y a une méconnaissance des différents acteurs. Nous pouvons imaginer des spécialisations des métiers périscolaires, des formations des agents actuels du périscolaire (les Atsem notamment) qui sont demandeurs et inquiets de l’évolution de leurs missions. Il faut sortir de la logique Bafa/Bafd qui tue nos métiers et évoluer vers de la professionnalisation. La filière du périscolaire est déjà précaire, il faut recréer du sens à cette filière, en collaboration avec les enseignants notamment.

JDA : De quelle manière allez-vous être le porte parole des animateurs de terrain au niveau national dans ce comité ?
Jérôme Henry :
Ce comité est mis en place pour deux ans, avec un rythme prévu de deux rapports d'étape, et un rapport final. Nous sommes en train de réfléchir à un lieu où les expériences, difficultés et questions pourraient remonter vers moi. Je pense que nous allons créer une page Facebook par exemple, et faire fonctionner le réseau du Syndicat Éducation Populaire–Unsa pour collecter des expériences localement. Moi-même je commence à me déplacer pour aller à la rencontre des animateurs sur le terrain. Pour l’instant, j’invite ceux qui le souhaitent à me contacter via un mail spécifique : jh.rythmes.sep.unsa@orange.fr. Je suis preneur d’éléments concrets, d’expériences qui peuvent faire avancer la réforme dans le bon sens. Je ne suis pas là (ni le comité) pour dire si la réforme doit ou ne doit pas être poursuivie, cette question est tranchée. Je suis là pour valoriser et faire avancer. L’enfant est au centre et si chaque enfant doit coûter 150 ou 200 euros par an à la collectivité, c’est un effort qui, à mon sens, doit être fait, quitte à construire moins de rond-point ou à retarder des investissements. Si on met zéro euro dans cette réforme, cela ne peut pas fonctionner, on investit pour l'avenir de nos enfants. Dans l’animation, nous savons nous adapter et rebondir pour construire. Nous ferons preuve d’intelligence collective pour que la réforme avance.

Propos recueillis par Mélanie Martinez


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